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Pandémie de COVID-19 et recherche scientifique

Pages Savoir > Lutte contre l'obscurantisme > Pandémie de COVID-19 et recherche scientifique

Le terme "populisme médical" a été utilisé en avril 2020 par Damien Barraud, médecin réanimateur en unité COVID au CHR de Metz-Thionville, pour qualifier le comportement peu orthodoxe et peu professionnel du professeur Didier Raoult qui, mis en minorité par la communauté scientifique dans la controverse sur le traitement de la COVID-19 par l'hydroxychloroquine, a décidé de passer outre en convoquant sur youtube l'opinion incompétente et passionnelle des internautes1). Le professeur de médecine Didier Raoult partage avec son ami philosophe Michel Onfray la manie de s'exprimer de manière volubile en mélangeant des savoirs acquis par une certaine expertise professionnelle avec des préjugés dignes du café du commerce, ainsi qu'une grande hostilité vis-à-vis du jacobinisme parisien propre à flatter l'égo de certains provinciaux mécontents en manque de repères. Mais le "populisme médical" n'est malheureusement pas le seul outrage à la bonne marche de la science en temps de pandémie. Le stakhanovisme infligé par la doctrine "publish or perish" sur les équipes de chercheurs a atteint des sommets qui confinent au travail bâclé. Dans cette atmosphère hyper-concurrentielle et stressante peu propice à la recherche, les pré-publications de qualités variables se sont multipliées, avec une certaine complaisance vis-à-vis de leur exploitation médiatique sur le même plan que les publications. Heureusement, quelques médias non "alternatifs" résistent encore au populisme médical2).

Dernière mise à jour : 06/09/2020 04:48

Sommaire :
Galimatias ambiant : ne faut pas confondre une maladie et son agent infectieux !
La science malmenée en période d'épidémie
Pédagogie des études cliniques
France Culture > La Méthode Scientifique
Annexe : Expressions fausses, explications et corrections ; Précisions lexicales médicales ; Exemples d'agents infectieux et de maladies

Galimatias ambiant : ne faut pas confondre une maladie et son agent infectieux !

L'à-peu-près de la langue est utile en poésie, en littérature et dans les arts, mais ne permet jamais d'appréhender les phénomènes scientifiques ou sociaux : "Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde."3)

Plus on galvaude en employant des mots et expressions simples et approximatifs à la place d'autres plus élaborés, moins on a de possibilités de penser et de nuancer la réalité du monde. Toute réduction du vocabulaire engendre une réduction, un enfermement, une clôture de la capacité de penser. Quand cette réduction est orchestrée ("vagues de contaminations"…), propagée et reprise à un niveau national, non pas seulement sur Facebook, mais dans les canaux officiels de communication (président, ministres, journalistes), on peut s'en inquiéter…

C'est pourquoi il ne faut pas confondre une maladie et son agent infectieux !

La COVID-19 n'est pas un virus mais une maladie de type Syndrome Respiratoire Aigu Sévère causée par le coronavirus SARS-CoV-2. Celui-ci est le proche cousin du coronavirus SARS-CoV, l'agent du SRAS qui s'est répandu lors de l'épidémie de 2003.

À savoir :

  • Le coronavirus SARS-CoV-2 mesure entre 60 et 140 nanomètres
  • Le nombre de virus à l'intérieur du corps humain est estimé à 1015 (1 million de milliards) (source)
  • Il est estimé qu'environ 1023 infections virales se produisent à chaque seconde dans les océans
  • Il est estimé qu'environ 20% des organismes constituant la biomasse microbienne océanique totale est tuée par des virus (source)

À lire en bas de page : Expressions fausses, explications et corrections

La science malmenée en période d'épidémie

Ci-desous, des liens vers des articles traitant de la science malmenée au cours de cette pandémie de COVID-19 :

  • 15/07/2020: pseudo-sciences.org (Association Française pour l'Information Scientifique (AFIS)) > Science, expertise et décision à l'épreuve de la pandémie de Covid-19 : […] Au lieu de mettre en place un protocole d'évaluation rigoureux pour produire des données indiscutables et emporter l'adhésion de la communauté scientifique, le Pr Raoult, qui se dit convaincu de l'efficacité de la molécule, propose directement le traitement aux patients de son hôpital et produit des études jugées mal construites par une grande partie de la communauté scientifique et qui ne permettent de tirer aucune conclusion. Il va en réalité défendre son approche essentiellement sur le terrain des médias et des réseaux sociaux, et ainsi cristalliser et incarner ce que Damien Barraud, médecin réanimateur à Metz, qualifie de "populisme médical" : "Quand on communique très vite comme étant un sauveur, on prend tout le monde en otage : le gouvernement et les citoyens ; son argument d'autorité et d'expertise cherche à asseoir un appui populaire, au détriment de celui de ses pairs ; […] on dit et on donne aux gens apeurés ce qu'ils ont envie d'entendre et de recevoir : un test et une pilule." Ce "populisme médical" s'accompagne de toutes sortes de rumeurs, de désinformation et de théories du complot pour tenter d'expliquer les réticences de la communauté scientifique (un médicament trop peu rentable pour la "big pharma", la collusion des autorités médicales avec les grands laboratoires. […] Cet épisode consternant a eu des effets collatéraux délétères : discrédit porté sur l'expertise scientifique en général, difficultés à recruter des patients pour des essais de qualité visant à évaluer d'autres molécules. Ainsi, la journaliste Heidi Ledford évoque-t-elle, dans la revue Nature (24 avril 2020) un "battage médiatique qui fait dérailler la recherche de traitements contre le coronavirus" et constate que plus de cent essais cliniques visent à tester la chloroquine ou l'hydroxychloroquine et que "pouvoir rayer quelque chose comme l'hydroxychloroquine de la liste et passer à d'autres choses serait une réalisation majeure". […] Précisons que la communication médiatique sans attendre la validation scientifique n'a pas été l'apanage du seul Didier Raoult. […] En période de crise sanitaire, la méthode scientifique reste inchangée : les faits sont établis en suivant les protocoles qui fondent la démarche scientifique. On ne voit pas pourquoi pourraient émerger d'autres moyens plus efficaces d'accéder à une connaissance fiable. L'intuition, l'opinion, le "bon sens" ou le témoignage de patients ne peuvent devenir soudainement des méthodes valides pour administrer la preuve en science. Ils sont trop entachés de biais et d'erreurs de raisonnement qui font que l'on peut se tromper tout en étant de bonne foi. En ne se fiant qu'à ce type de méthodes, la moindre allégation non démontrée pourrait être proclamée vérité. …
  • 22/06/2020: pseudo-sciences.org (Association Française pour l'Information Scientifique (AFIS)) > Communiqué de Presse > Covid-19 : l'AFIS condamne les graves dérapages du Pr Perronne relayés par plusieurs grands médias : Sur le terrain scientifique, l'hydroxychloroquine n'a pas réussi à faire la preuve de son efficacité dans le traitement de la Covid-19. […] Les promoteurs de ce traitement, notamment le professeur Didier Raoult, ont choisi depuis le début de privilégier la voie médiatique et l'appel à l'opinion publique au détriment de la preuve scientifique rigoureuse. Une étape supplémentaire vient d'être franchie par l'un de ses plus farouches partisans, le Pr Christian Perronne, chef de service à l'hôpital de Garches. […] Mais au-delà, les procédés utilisés par le Pr Perronne sont délétères : appel à l'opinion publique pour imposer la prescription d'un traitement potentiellement dangereux et à l'efficacité non démontrée, recours à des arguments infondés prétendument scientifiques, accusations de corruption et remise en cause de l'intégrité de ceux qui ne partagent pas son opinion et se réfèrent à une médecine fondée sur les preuves. Le public se trouve ainsi mis en position d'arbitre d'une controverse scientifique sans en avoir les compétences. Pris à témoin d'accusations graves, chacun se prononce naturellement en s'appuyant sur des considérations qui lui sont plus accessibles : la sympathie ou l'antipathie pour le personnage qui accuse et pour ses soutiens, les arguments qu'il juge "de bon sens" (souvent ceux qui épousent ses a priori) ou le degré de confiance qu'il veut bien accorder aux autorités publiques. […]
  • 04/06/2020: pseudo-sciences.org (Association Française pour l'Information Scientifique (AFIS)) > La médecine ne relève pas d'un coup de poker (tribune de médecins et autres soignants) : La manière dont s'établit la vérité en science n'est pas dépendante d'une période de crise sanitaire. C'est particulièrement vrai dans le champ médical, quand des vies sont en jeu. Administrer un médicament ne peut se faire sur la base de la seule intuition ou de l'opinion de tel ou tel praticien. On ne peut faire dépendre la santé publique d'un "coup de poker". C'est ce que rappelle une tribune initiée le 27 mai 2020 par plus de 40 chefs de services ou de pôle de Maladies Infectieuses et Tropicales et des responsables de sociétés savantes et d'associations de médecins et de pharmaciens. L'AFIS a décidé d'apporter son soutien à cette initiative. L'épidémie de COVID-19 a vu fleurir de nombreux traitements, dont celui à base d'hydroxychloroquine, très médiatisé par ses promoteurs. L'opinion, l'intuition et un prétendu "bon sens" ont été mis en avant comme substituts à la démarche scientifique. L'éthique et l'urgence ont été invoquées pour se soustraire à toute démarche d'évaluation, conduisant en réalité à des pratiques non éthiques, dangereuses, et qui font perdre du temps. Nous reproduisons ici l'appel en intégralité…
  • 25/04/2020: pseudo-sciences.org (Association Française pour l'Information Scientifique (AFIS)) > Covid-19 : les publications scientifiques à l'épreuve de la pandémie : La pandémie de Sars-CoV-2 responsable de la Covid-19 met à l'épreuve le système des publications scientifiques. La crise en cours pourrait avoir des répercussions durables sur les normes de publication et sur les modèles économiques des éditeurs scientifiques. Qu'avons-nous observé pendant les trois premiers mois de cette année 2020 ? Les cliniciens au chevet des malades n'ont pas le temps d'analyser leurs résultats ni d'écrire des articles. À l'inverse, d'autres chercheurs, confinés, sont disponibles pour procéder à l'analyse de données qu'ils avaient laissées de côté et les préparer pour publication. Et les comités de rédaction des revues ne sont pas toujours suffisamment disponibles pour effectuer leurs tâches habituelles d'évaluation et de contrôle. […] Plus de 5 000 articles sur la Covid-19 ont été publiés dans des revues à comité de lecture entre janvier et mi-avril 2020, soit environ cinquante par jour ! Des sites Internet ont été créés pour lister l'ensemble de cette littérature, voire l'analyser. Et la qualité n'est pas au rendez-vous. …
  • 27/03/2020: pseudo-sciences.org (Association Française pour l'Information Scientifique (AFIS)) > La science ne se fait pas sur Youtube, Twitter ou Facebook — Coronavirus : la controverse autour de l'hydroxychloroquine : […] Le recours à un traitement non validé en période de crise sanitaire pose une question d'éthique : le risque d'aggraver la situation des patients pris en charge versus le risque de passer à côté d'un traitement efficace et disponible ("perte de chance"). Cette question n'est pas propre à la pandémie de Covid-19 et avait été posée par l'Organisation mondiale de la santé dans le cadre de la lutte contre la maladie due au virus Ebola. […] La controverse autour de l'hydroxychloroquine est largement sortie du cadre scientifique qui aurait dû rester le sien. L'équipe de D. Raoult s'est directement impliquée dans cette médiatisation via les réseaux sociaux, les conférences de presse, les vidéos et l'ouverture de consultations affichant la mise en œuvre de son traitement. Des pétitions circulent, des responsables politiques prennent parti, affirment avoir eu recours à l'hydroxychloroquine et se sentir mieux. Ce contexte passionnel n'est propice ni à une bonne gestion de crise, ni à des décisions rationnelles, ni même à un débat scientifique serein. …

Pédagogie des études cliniques

France Culture > La Méthode Scientifique

Animée chaque jour de la semaine sur France Culture par Nicolas Martin, journaliste scientifique engagé contre la désinformation, La Méthode scientifique (flux RSS) est l'émission de vulgarisation scientifique la plus rigoureuse de l'audiovisuel francophone. Contrairement aux émissions scientifiques diffusées sur France Inter, la RTS, RFI et Radio Canada, il n'y a pas d'approximation, pas d'amalgame, pas d'a-peu près dans La Méthode Scientifique.

Ci-desous, tous les liens vers les émissions de La Méthode scientifique qui ont concerné l'épidémie de COVID-19 :

  • 18/06/2020: franceculture.fr > La Méthode scientifique : Revues scientifiques : la crise de confiance : Qu'est-ce que l'affaire Surgisphere ? En quoi cette affaire symbolise-t-elle les dangers auxquels sont confrontées les revues scientifiques ? Comment expliquer le boum des prépublications et quels sont les enjeux de cette multiplication ? Le 22 mai dernier, The Lancet – peut-être la plus prestigieuse des revues médicales à comité de lecture – publiait une étude rétrospective qui faisait état non seulement de l'inefficacité de l'hydroxychloroquine comme traitement de la COVID-19, mais aussi d'une augmentation de cas d'arythmie cardiaque et un surnombre de décès chez les patients traités. Trois jours plus tard, l'Organisation Mondiale de la Santé – et plusieurs pays dans la foulée, dont la France, suspend tous les essais cliniques en cours impliquant de l'hydroxychloroquine. Patatras ! Des doutes substantiels sur la nature de l'étude surgissent, et elle finit par être rétractée le 4 juin. Cette affaire, désormais connue sous le nom de "Lancetgate" doit elle engager à repenser la place des revues dans la recherche scientifique ?
  • 11/062020: franceculture.fr > La Méthode scientifique : Epidémies : il était une fois la maladie : Comment les grandes épidémies ont-elles marqué l'histoire des sciences ? Que savait-on des maladies aux différentes époques ? Comment les combattions nous ? Comment les épidémies forgent-elles les avancées de la médecine et comment obligent-elle la science à accélérer ?
  • 10/06/2020: franceculture.fr > La Méthode scientifique : Drones : la conquête des airs : À quelles fins ont été utilisés les drones lors de l'épidémie de COVID-19 ? Pourquoi les drones peuvent-ils avoir une utilité dans le domaine de la recherche ? C'est peu dire qu'en sortie de confinement, les drones n'ont pas vraiment bonne presse auprès du grand public. Leur usage par la police pour surveiller le respect des mesures de confinement, voire pour verbaliser certains citoyens contrevenants fait flotter dans l'air comme un parfum de Black Mirror, cette série dystopique britannique qui a pris ces dernières semaines de faux airs de documentaire. Si la mission principale des drones contemporains est de fait l'acquisition d'images, ou d'information, leur emploi n'est pas que policier ou militaire, loin s'en faut et nous ne sommes qu'au début de l'ère des drones, en route vers une totale autonomie, et surtout, vers une utilisation en essaim. Black Mirror avez-vous dit ?
  • 08/06/2020: franceculture.fr > La Méthode scientifique : Ne dérangez pas le virus qui dort : Qu'est-ce qui distingue une infection virale aiguë d'une infection virale persistante ? Dans le second cas, comment les virus s'installent-ils, et par quels moyens peuvent-ils persister dans l'organisme ?
  • 04/062020: franceculture.fr > La Méthode scientifique : Grand entretien avec Arnaud Fontanet : Quel regard Arnaud Fontanet porte rétrospectivement sur la gestion de la pandémie, en tant que médecin épidémiologiste et membre du Conseil scientifique ? Comment lui et ses confrères ont vu évoluer la pandémie, depuis la Chine jusqu'à l'Europe et la France ?
  • 03/062020: franceculture.fr > La Méthode scientifique : Epidémiologie sociale : santé, inégalité, comorbidité : La COVID-19 est-elle une épidémie socialement marquée ? Pourquoi les classes populaires sont-elles globalement plus exposées aux problèmes de santé ? De quels outils dispose l'épidémiologie sociale pour mettre en lumière ces inégalités sociales de santé ?
  • 28/05/2020: franceculture.fr > La Méthode scientifique : Gilles Boeuf : COVID, une catastrophe écrite à l'avance ? : En quoi l'épidémie de COVID-19 est-elle le fruit d'une biodiversité sous pression ? Faut-il s'attendre à l'émergence de plus en plus de zoonoses ? Quelles réponses apporter au niveau de la biodiversité pour éviter des crises sanitaires plus graves encore ?
  • 27/05/2020: franceculture.fr > La Méthode scientifique : Epidémiologie : top modèles ! : Qu'est-ce qu'un modèle en épidémiologie des maladies infectieuses ? A quoi servent-ils ? Depuis quand les utilise-t-on ? Combien de types il en existe ? Comment sont-ils conçus ? Quels sont les ingrédients et la recette de ces genre de modèles ?
  • 21/05/2020: franceculture.fr > La Méthode scientifique : COVID-19 : la fièvre médiatique : Depuis le début de l'épidémie, la COVID est partout : allumez votre poste de radio, votre télé, à la une des journaux, sur les réseaux sociaux. Tout le monde ne parle plus que de ça, à tel point que l'épidémie occupe jusqu'à 80% du temps d'antenne sur les chaînes d'info en continu. A situation inédite, traitement inédit, mais comment évaluer ce traitement ? Les médias ont-ils rendu compte correctement de la crise sanitaire en cours ? Le temps scientifique et le temps médiatique ont-ils réussi à se superposer ? Comment se saisir du jour au lendemain d'enjeux scientifiques complexes, lorsque la place de la science dans les grands médias avait jusqu'alors plutôt tendance à être reléguée au second plan ? Ici comme ailleurs, y aura-t-il un avant et un après CoVid dans le traitement de l'actualité scientifique ? CoVid : la fièvre médiatique : c'est le programme informatif qui est le nôtre pour l'heure qui vient. Bienvenue dans La Méthode Scientifique en direct… Pour évoquer ce traitement médiatique de l'épidémie, ses succès mais aussi ses écueils, nous avons le plaisir de recevoir aujourd'hui trois invités à distance, comme chaque jour : Anne Goffard, médecin, virologue au CHU de Lille et enseignante à la faculté de Pharmacie de Lille, Nicolas Hervé, chercheur en informatique à l'INA, coordinateur de la plateforme de recherche OTMedia qui réalise des études transdisciplinaires sur le monde des médias et la propagation de l'information en ligne, co-auteur de "L'information à tout prix" avec Julia Cagé et Marie-Luce Viaud, et Olivier Emond, rédacteur en chef chez nos camarades de FranceInfo, en charge de la tranche 12/14
  • 18/05/2020: franceculture.fr > La Méthode scientifique > Phylodynamie : le virus à la trace
  • 14/05/2020: franceculture.fr > La Méthode scientifique : Épidémie, confinement : quelles séquelles sur la recherche ? : Comment l'épidémie et le confinement ont-ils bouleversé la recherche ? Comment les équipes se sont-elles réorganisées et adaptées ? Quels effets sur l'avancement des recherches ? La crise sanitaire s'accompagne d'une crise économique : quels impacts sur les programmes, financements, les contrats ?
  • 13/05/2020: franceculture.fr > La Méthode scientifique : Applications de suivi : traque-moi si tu peux : Avec Benjamin Bayart, co-fondateur de La Quadrature du Net, et co-président de la fédération des fournisseurs d'accès à internet associatifs et Emmanuel Thomé, chercheur à INRIA dans l'équipe CACAO
  • 11/05/2020: franceculture.fr > La Méthode scientifique > Immunité : l'inné ou l'acquis ? : Quels sont les mécanismes cellulaires impliqués dans la réponse immunitaire innée et adaptative ? Comment se met en place la réaction immunitaire pour combattre une infection virale ? Que sait-on de celle qui survient dans le cas d'une infection au SARS-CoV-2 ?

Annexe

Expressions fausses, explications et corrections

Expression Justesse Explication
"Épidémie de coronavirus"INCORRECTLes épidémies de virus n'existent pas car les virus ne sont pas des maladies !
"Épidémie de COVID-19"CORRECT
Un "cas de coronavirus"INCORRECTUn "cas de virus" ne veut rien dire car un virus n'est pas un événement, ce n'est pas un phénomène. Un "cas de virus" n'est donc pas plus intelligible qu'un cas d'acide aminé, d'ARN ou d'ADN dont nous sommes constitués. Un virus n'est ni une maladie, ni un syndrome, ni un symtôme.
Un "cas de COVID-19"CORRECT
"Contracter le coronavirus"INCORRECTLe verbe contracter s'utilise pour désigner l'atteinte par une maladie (cf. Larousse). S'il est possible de contracter un sphincter, l'être humain capable de contracter un virus de sorte que sa taille en soit réduite n'est pas encore né.
"Contracter la COVID-19"CORRECT
"Être infecté par la COVID-19"INCORRECTUne maladie n'est pas un agent infectieux
"Être infecté par le coronavirus SARS-CoV-2"CORRECT
"Crise du coronavirus"INCORRECTIl est absurde et machiavélique d'affirmer qu'un virus est en crise pour signifier au contraire qu'il est en développement dans l'espèce humaine !
D'une part, il est certain que les virus ne disparaîtront pas avant leurs hôtes, donc pas avant 600 millions d'années. Dans 600 millions d'années (donc très très très longtemps après la disparition naturelle ou artificielle de l'espèce humaine), les végétaux respirant par photosynthèse en C3, soit 95% de la biomasse actuelle, commenceront à disparaître à cause de la diminution drastique du taux de CO2 dans l'atmosphère, elle-même causée par l'accélération de l'altération des silicates, elle-même causée par la lente augmentation de l'irradiation solaire, elle-même causée par l'augmentation de la luminosité du Soleil, elle-même causée par l’augmentation du rythme des réactions de fusion nucléaire de l'hydrogène dans le noyau solaire en contraction.
D'autre part, tout virus infectant le dernier maillon de la chaîne alimentaire qu'est l'espèce humaine, est détecté uniquement lorsque la maladie qui en résulte prend des proportions épidémiques après être sorti de son réservoir hôte généralement animal (par exemple les chiroptères). Les sociétés humaines déclarent tout virus non détecté chez des êtes humains depuis un certain temps comme étant disparus, par exemple la variole alias "petite vérole", erradiquée en 1980 selon l'OMS, et dont l'espèce réservoir reste inconnue (peut-être éteinte). Ces déclarations à visée sanitaire sont souvent limitées au champs médical en faisant abstraction du discours scientifique, notamment du travail des virologues en lien avec les écologues et zoologues quand ils ont les moyens financiers pour effectuer les recherches…
"Crise sanitaire liée à l'épidémie de COVID-19"CORRECT
"Vaccin contre le coronavirus"APPROXIMATIF et TROMPEURUn vaccin ne s'attaque pas directement à un virus car c'est le système immunitaire qui le fait APRÈS la vaccination.
Mécanisme simplifié de mémorisation immunitaire :
AVANT la mise en contact avec un virus (antigène), une ou plusieurs "signatures" de ce virus – des polypeptides appelées "déterminants antigéniques" – sont injectées dans le sang pour initier une mémorisation par le système immunitaire. Si l'apprentissage fonctionne, des lymphocytes B "naïfs" vont se spécialiser en lymphocytes B "mémoires" à longue durée de vie, capables à tout moment de se transformer en plasmocytes (ou plasmatocytes) à faible durée de vie pour produire des anticorps spécifiques contre cet antigène viral. De la famille des immunoglobulines, ces anticorps possèdent un site de liaison à très forte affinité avec le site de liaison polypeptidique de l'antigène viral. De surcroît, les lymphocytes B font partie des Cellules Présentatrices d'Antigène (CPA) aptes à stimuler la réponse immunitaire secondaire. En effet, les Cellules Présentatrices d'Antigène (CPA) possèdent à leur surface des molécules du complexe majeur d'histocompatibilité de classe II (CMH II) portant un polypeptide signature ("déterminant antigénique") capable par action sur les Récepteur des Cellules T (TCR) situées à la surface des lymphocytes T "naïfs" qu'elles rencontrent, d'en déclencher la spécialisation en lymphocytes T "mémoires". Une fois le vaccin évacué du corps, si l'apprentissage s'est bien effectué et si les signatures polypeptidiques du virus précédemment mémorisées n'ont pas changé par mutation, alors tout mise en présence de ce virus déclenche la réponse immunitaire.
"Vaccin contre la COVID-19"CORRECT

Précisions lexicales médicales

  • Une maladie désigne à la fois des symptômes, des causes, une évolution et des possibilités thérapeutiques propres. Voir en fin de page le paragraphe Exemples d'agents infectieux et de maladies
  • Un syndrome désigne, sans prise en compte des causes, un ensemble de signes ou de symptômes qui apparaissent simultanément (source : Wikipedia)
  • Une affection désigne, sans prise en compte ni des causes, ni des symptômes, ni du traitement, une altération de fonctions rattachées à un organe spécifique (source : Wikipedia)
  • La pathologie est la science qui a pour objet l'étude des maladies et notamment leurs causes (étiologie) et leurs mécanismes (physiopathologie). La pathologie humaine est une spécialité médicale divisée en deux grandes sous-spécialités : l'anatomie pathologique (anatomopathologie) et la pathologie clinique (biologie médicale).
    Un abus de langage récent et populaire – probablement calqué d'un usage très courant en langue anglaise – consiste à faire du mot pathologie un synonyme du mot maladie. Il est dit par exemple, à tort "Ce patient a une pathologie rare", ou "pathologie professionnelle" au lieu de "maladie professionnelle". Cet usage fautif d'un mot semblant savant rappelle par exemple l'usage de problématique à la place de problème (source : Wikipedia)

Exemples d'agents infectieux et de maladies

2)
> Emmanuelle Daviet :
Parmi les autres points forts de votre rentrée il y a la volonté de renforcer les savoirs et la connaissance, évidemment de façon pluridisciplinaire. Est ce qu'à travers cette pluralité de disciplines il y aura également pluralité des points de vue ? Et en particulier dans le domaine médical et le domaine des sciences ? Car ce qui est notable dans les messages des auditeurs, c'est leur souhait d'entendre des avis contradictoires, des analyses, des voix différentes. Sandrine Treiner, veillez-vous à ce que tous les points de vue puissent être entendus sur votre antenne ?
Sandrine Treiner :
Et bien non, Emmanuelle, au risque de vous surprendre. Je pense que la science n'est pas qu'une histoire de points de vue. La science n'est pas qu'une affaire d'opinions. Elle n'est d'ailleurs même pas une affaire d'opinions. Ce n'est en tout cas pas de cette façon que nous l'envisageons sur l'antenne de France Culture. C'est tout l'intérêt du travail réalisé par Nicolas Martin et toute l'équipe de "La méthode scientifique", précisément pour dire "la science, ce sont des faits", et ce jusqu'à preuve du contraire, bien sûr. C'est ce qui guide notre réflexion. Donc, non, il ne suffit pas d'avoir un point de vue médical ou scientifique pour qu'il trouve place sur cette antenne. Et nous veillons à justifier nos choix et justifier nos sources, c'est un travail que Nicolas Martin va d'ailleurs reprendre en matinale. Car si vous entendez le lundi que telle chose est grave et le mardi que la même chose ne l'est pas… qu'est-ce qui permet, au fond, à la citoyenne, au citoyen, de se faire un avis ? Il y a débat partout où il y a échange d'idées, en revanche sur le terrain de la science, non, tous les points de vue ne sont pas égaux.
3)
Albert Camus, article "Sur une philosophie de l'expression", Revue Poésie 44, n°17 Janvier-Février 1944, pp. 15-23
savoir/lutte_contre_obscurantisme/pandemie_de_covid_19_et_recherche_scientifique.txt · Dernière modification: 06/09/2020 04:48 de Médéric